Bid-ask spread : le coût invisible qui grignote vos gains

Le spread peut faire perdre plusieurs euros à chaque ordre sans que vous le voyiez. Découvrez comment le repérer et le réduire pour améliorer vos performances en Bourse.

Vocabulaire de la bourse7 min de lecture
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Bid-ask spread : le coût invisible qui grignote vos gains

Quand tu passes un ordre en Bourse, tu penses souvent aux frais de courtage (et parfois à la fiscalité). Pourtant, un autre coût peut être tout aussi pénalisant, surtout si tu trades souvent ou si tu investis sur des titres peu liquides : le bid-ask spread, autrement dit l'écart entre le prix d'achat et le prix de vente. Il est "invisible" parce qu'il ne s'affiche pas comme une ligne de frais... mais il peut te faire perdre plusieurs euros (voire plus) à chaque aller-retour.

Dans cet article, tu vas comprendre ce qu'est le spread, pourquoi il existe, comment le repérer dans le carnet d'ordres, et surtout comment le réduire pour améliorer tes performances sur actions, ETF, et autres instruments.

Définition : c'est quoi le bid-ask spread ?

Sur un marché, il y a en permanence :

  • des acheteurs qui proposent un prix d'achat : le bid (meilleur prix acheteur),
  • des vendeurs qui demandent un prix de vente : le ask (meilleur prix vendeur).

Le bid-ask spread est simplement la différence entre ces deux prix :

  • Spread (en €) = Ask - Bid
  • Spread (en %) = (Ask - Bid) / Prix (souvent le mid) × 100

On parle souvent du mid price (prix médian) : (Bid + Ask) / 2. C'est une approximation du "juste prix" instantané.

Pourquoi le spread te coûte de l'argent (même sans frais visibles)

Le spread est un coût parce que si tu achètes au prix vendeur (ask) et que tu revends immédiatement au prix acheteur (bid), tu subis mécaniquement une perte égale au spread (hors variation du marché).

Exemple simple

  • Bid = 99,90 €
  • Ask = 100,10 €
  • Spread = 0,20 €

Si tu achètes 10 actions au marché, tu payes environ 100,10 €. Si tu revends juste après, tu récupères environ 99,90 €. Perte "technique" : 0,20 € × 10 = 2 € (hors courtage). Ce n'est pas énorme... mais répété sur des dizaines d'ordres, ou avec un spread plus large, ça devient un vrai aspirateur à performance.

Pourquoi il existe ?

Le spread rémunère indirectement plusieurs choses :

  • La liquidité : sur un titre très échangé, la concurrence entre acheteurs/vendeurs réduit le spread.
  • Le risque pour ceux qui fournissent de la liquidité (market makers) : ils s'exposent à des mouvements rapides.
  • L'incertitude : plus un actif est difficile à "pricer", plus le spread tend à s'élargir.

Quand le spread devient vraiment dangereux

Un spread "normal" sur un gros ETF très liquide peut être de quelques centimes, parfois moins. Mais dans certains cas, il peut exploser.

1) Petites capitalisations et titres peu liquides

Sur une small cap, tu peux voir des spreads de 0,5% à 2%, parfois davantage. À ce niveau, le spread peut coûter plus cher que tes frais de courtage.

2) Horaires creux et ouverture/fermeture

Le spread est souvent plus large :

  • à l'ouverture (incertitude, ajustements),
  • juste avant la clôture,
  • pendant des périodes de faible activité.

3) ETF : attention aux horaires de la place sous-jacente

Un ETF européen qui réplique des actions US peut avoir un spread plus large quand Wall Street est fermé (ou avant l'ouverture US), car la "valeur" des sous-jacents est moins facilement arbitrable. Résultat : tu payes parfois un spread inutilement élevé.

4) Annonces et volatilité

Résultats trimestriels, news macro, décisions de banque centrale : la volatilité augmente, les intervenants se protègent, et le spread s'élargit.

Comment repérer le spread (et le mesurer en %) avant d'acheter

Tu peux le voir directement dans ton interface de courtier, via :

  • le carnet d'ordres (meilleures limites acheteuses/vendeuses),
  • le bid et le ask affichés sur la fiche valeur.

Méthode rapide en 3 étapes (numérotées)

  1. Note le bid et l'ask (meilleurs prix).
  2. Calcule le mid : (bid + ask) / 2.
  3. Calcule le spread en % : (ask - bid) / mid × 100.

Repère simple :

  • < 0,10% : très bon (souvent gros ETF/actions liquides)
  • 0,10% à 0,30% : correct
  • 0,30% à 1% : ça commence à piquer, à surveiller
  • > 1% : coûteux, à éviter sauf raison solide

Comment réduire le spread : techniques concrètes

Bonne nouvelle : tu ne contrôles pas le spread du marché, mais tu peux réduire l'impact que tu subis.

1) Évite les ordres "au marché" (surtout sur titres peu liquides)

L'ordre au marché te fait exécuter immédiatement... mais souvent au moins bon prix disponible, surtout si le carnet est fin. Préfère :

  • Ordre à cours limité : tu fixes ton prix maximum d'achat (ou minimum de vente).

Astuce : place ton ordre proche du mid, ou légèrement du côté qui augmente tes chances d'exécution, sans "offrir" tout le spread.

2) Fractionne tes ordres si le carnet est peu profond

Si tu veux acheter une quantité importante sur un titre illiquide, tu risques de "manger" plusieurs niveaux du carnet, donc de payer plus cher. Fractionner peut :

  • réduire le slippage (glissement de prix),
  • limiter l'impact de marché.

3) Choisis des actifs plus liquides (quand c'est possible)

À long terme, la liquidité est un avantage sous-estimé. Pour un ETF, regarde :

  • l'encours (AUM),
  • les volumes échangés,
  • la présence de teneurs de marché (souvent implicite sur les gros ETF).

Sur actions, les grandes capitalisations ont en général des spreads plus serrés que les micro caps.

4) Trade aux "bonnes" heures

Sans chercher à timer le marché, tu peux éviter des moments structurellement défavorables :

  • évite les toutes premières minutes après l'ouverture,
  • sur ETF exposés aux US : privilégie les heures où le marché US est ouvert (si ton courtier te le permet sur ta place de cotation),
  • évite les périodes de news majeures si tu n'as pas besoin d'exécuter immédiatement.

5) Compare le spread au courtage : c'est souvent lui le "vrai" coût

Beaucoup d'investisseurs optimisent les frais de courtage à quelques euros... tout en perdant davantage via le spread. Avant une stratégie active (DCA très fréquent, allers-retours, stock picking sur small caps), demande-toi :

  • Combien me coûte le spread à l'achat ?
  • Combien me coûtera-t-il à la vente ?
  • Est-ce compatible avec mon objectif (long terme vs trading) ?

Spread vs autres coûts : ne confonds pas tout

  • Spread : écart bid/ask, coût implicite à l'exécution.
  • Slippage : différence entre le prix attendu et le prix réellement exécuté (souvent lié à liquidité/volatilité).
  • Frais de courtage : commission explicite du courtier.
  • TER d'un ETF : frais annuels prélevés dans la performance de l'ETF.

En pratique, un investisseur long terme en ETF liquides subit généralement un spread faible (donc acceptable). En revanche, si tu fais du trading ou que tu investis sur des supports exotiques/peu liquides, le spread peut devenir un frein majeur.

Checklist rapide avant de passer ton ordre

  • Je regarde le bid/ask (pas seulement le dernier cours).
  • Je calcule le spread en % si j'hésite.
  • J'utilise un ordre à cours limité (surtout si le spread est large).
  • J'évite les horaires défavorables (ouverture, sous-jacent fermé).
  • Je vérifie la liquidité (volumes/encours, surtout sur ETF).

À retenir

Le bid-ask spread est un coût réel, souvent sous-estimé, qui peut grignoter tes gains à chaque transaction. Plus tu es actif, plus tu investis sur des titres illiquides, et plus tu utilises des ordres au marché, plus il te pénalise.

La bonne approche sur Apprendre Investir : mesurer (bid/ask), protéger ton prix (ordre limité), et privilégier la liquidité quand tu construis ton portefeuille. Sur le long terme, ces "petits" détails font une vraie différence sur la performance nette.

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